La Mongolie est peuplée à 85 % de Mongols khalka, mais on compte également 7 % de Kazakhs (turcs),4,6 % de Toungouses, et 3,4 % d’autres ethnies (dont des Russes et des Chinois). Parmi les Mongols eux-mêmes, on distingue environ 25 ethnies différentes. Ainsi, le peuple mongol ne forme pas une nation ethniquement homogène, car n’oublions pas que les Mongols se sont formés à partir de tribus turques et toungouzes. Les Mongols bouriates vivent dans le nord du pays, les Darigangas occupent les steppes sud-orientales; les Ölöds (ou Dzoungares), les Kazakhs, les Torgouts, les Dorvods, les Kotons, les Darkhats peuplent les montagnes de l’Ouest. De façon générale, si l’on fait exception de la ville de Oulan-Bator, les habitants sont assez également répartis dans l’ensemble du pays.

Le mongol (ou khalkha)

halh huvtsas

Près de 90 % des Mongols parlent le mongol (ou khalkha), une langue de la famille altaïque appartenant au groupe mongol (à distinguer des groupes turcique et toungouze):

En tant que langue altaïque apparentée au turc, le mongol est une langue dites agglutinante, c’est-à-dire que les catégories grammaticales sont exprimées par des suffixes. Le mongol standard (variété khalkha) a le statut de langue officielle dans tout le pays, mais il est aussi parlé en Chine, soit en Mongolie intérieure (Öbör mongol öörtöö zasag oron, Nei Menggu zizhiju) incorporée à la Chine, dans les provinces limitrophes du Nord-Est (Heilongjiang, Jilin), Nord (Hebei) et Nord-Ouest de la Chine (Gansu, Ningxia, Xinjiang) et en Russie, particulièrement dans la République autonome bouriate-mongole au sud-est du lac Baïkal ainsi qu’à l’ouest du lac, dans deux arrondissements nationaux; sur la rive occidentale du cours inférieur de la Volga, lesKalmouks (env. l50 000) sont installés dans la Républiqueautonome de Kalmoukie.

Rappelons aussi l’existence, bien aléatoire, de petites communautés apparentées au Mongols: les Moghols d’Afghanistan (les Aïmak et Hazaras), descendants des Mongols de la conquête restés isolés avec la fin de l’empire. Ainsi, enclavée entre la Russie et la Chine, la Mongolie se trouve divisée territorialement, linguistiquement et culturellement, car les Mongols habitent trois États.

On estime à plus de six millions le nombre de locuteurs mongols, en tenant compte des quelque 350 000 Bouriates de Russie, qui vivent au sud-est du lac Baïkal et des quelque 150 000 Kalmouks habitant sur la rive occidentale du cours inférieur de la Volga.

Les variétés dialectales

yastan

Il existe de nombreuses variétés dialectales du mongol, qui présentent des différences d’ordre phonétique et phonologique, puis d’ordre lexical et syntaxique, mais ces différences ne remettent pas en question l’intercompréhension. Le khalkha constitue la variété dialectale la plus importante. Non seulement le khalkha est parlé par 78 % de la population comme langue maternelle, mais elle a acquis le statut de langue officielle, donc de principale langue d’enseignement, et elle est connue par presque tous les Mongols.
Plusieurs dialectes sont issus du khalkha: le dariganga (env. 30 000 locuteurs), le darxad (env. 15 000 locuteurs) dans le Nord, de même que le xotgoid, le bouriat (environ 35 000 locuteurs), le barga (env. 2000 locuteurs), puis l’üzümücin dans le Sud. On distingue également d’autres variétés dialectales dans l’Ouest (les Mongols occidentaux): le torguud, le bajad, l’ööld, le dörvöd, le xoton, le zaxcin et le mjangad, sans oublier les Oirat de Chine et les Kalmouks de Russie (près de la mer Caspienne). Tous ces dialectes sont parlées dans les zones périphériques du Nord (Mongols septentrionaux ou Bouriates), du Sud (Mongols méridionaux) et de l’Ouest (Mongols occidentaux), la variété khalka occupant tout le Centre.

Les langues minoritaires

La langue minoritaire la plus importante est le kalmouk ou oïrat, parlé dans l’ouest du pays par 8,4 % de la population (totale); comme la khalkha, c’est une langue mongole de la famille altaïque. Elle est suivie par le kazakh (4,9 %), une langue altaïque du groupe turcique parlé dans la province du Bayan-Olgij, puis par le bouriat (2,6 %), une autre langue altaïque du groupe mongol, employée dans le Nord-Est (provinces de Hèntij et Dornod). Les autres langues sont le chinois mandarin(1,4 %), une langue sino-tibétaine, au nord-ouest dans la province d’Uvs, le tuvine (1,3 %) et l’ouïgour (0,04 ), deux langues turques de la famille altaïque parlées, dans le cas du tuvine, dans les provinces de Hövsgöl au nord et Hovd à l’ouest, dans le cas du ouïgour, dans la province de Hövsgöl. Il convient de mentionner le darkhat (0,1 %) etl’évenki (0,04 %), deux langues altaïques mongoles, respectivement employées dans la province de Hövsgöl au nord, et dans la province de Sèlèngè. Enfin, il reste encore des russophones (0,17 %) au nord. Mentionnons que la connaissance du russe a considérablement régressé, en particulier chez les jeunes, du fait de la faveur croissante de l’anglais et du délabrement du système scolaire, en passe d’être jugulé sous peu. Le russe reste bien présent chez les cadres moyens et supérieurs, surtout chez les intellectuels. La comparaison entre le niveau de connaissance du russe en Mongolie et celui de l’anglais en France n’est pas trop hasardeuse, même si elle n’est pas très flatteuse pour le niveau des Français… Toutefois, la comparaison pourrait s’étendre aux Espagnols, aux Italiens, aux Mexicains, etc.

L’alphabet cyrillique

Sous la pression de l’Union soviétique, les Mongols durent adopter cyrillique (légèrement modifié) à partir de 1937. En 1941, le gouvernement mongol adopta même une loi pour supprimer l’alphabet mongol traditionnel. Jusqu’en 1990, l’alphabet cyrillique servit d’unique système d’écriture en Mongolie, alors que les Mongols de Chine (Mongolie intérieure) utilisaient l’alphabet mongol traditionnel.
Cet alphabet est non seulement encore utilisé aujourd’hui, mais il va probablement supplanter définitivement l’écriture mongole traditionnelle.

Les écritures mongoles

uiguro_mongolische_schrift

La situation en Mongolie est devenue telle que le pays se retrouve avec trois systèmes d’écriture simultanés: l’alphabet cyrillique, l’alphabet mongol traditionnel et l’alphabet latin.

– L’alphabet mongol

L’écriture mongole traditionnelle remonterait au XIIIe siècle. Elle est dérivé de l’écriture ouïgour, elle-même inspirée des écritures sémitiques telles que l’arabe. Cette écriture a été supprimée sous l’ère soviétique, officiellement en 1941. À partir de 1990, le gouvernement mongol a décidé de restaurer l’alphabet mongol traditionnel.
C’est un alphabet un peu plus complexe comme celui utilisé en Mongolie intérieure (Chine) et il est lu verticalement de haut en bas, les colonnes commençant par la gauche (voir le texte de droite ci-dessus). En Mongolie extérieure, cette écriture a fait, depuis 1991, l’objet d’une promotion importante, mais les projets de sa réintroduction comme écriture nationale officielle se sont heurtés à de grandes difficultés.

En réalité, l’écriture mongole n’a qu’une utilité symbolique aujourd’hui, car toute la communication écrite ne se fait qu’en cyrillique (ou en alphabet latin avec l’anglais). Bien que cette ancienne écriture mongole soit apprise obligatoirement dans les écoles, elle n’est pas véritablement utilisée dans la vie quotidienne, même pas par les journaux ou sur les panneaux de signalisation ou la toponymie.

Néanmoins, il est probable que, pour des raisons à la fois pratiques (alphabet cyrillique) et idéologiques (alphabet mongol), les deux systèmes coexisteront pendant un certain temps.

– L’alphabet latin

L’alphabet latin demeure connu et utilisé en Mongolie. Rappelons que cet alphabet a déjà été employé en 1931, puis abandonné. Depuis la chute du régime soviétique, l’alphabet latin est revenu avec l’entrée de l’anglais dans le pays. Les firmes étrangères ont généralement recours à l’anglais. En effet, l’écriture latine est généralisée pour pour la notation de mots étrangers, essentiellement des noms d’entreprises; elle est également utilisée dans des phrases complètes en anglais dans le domaine de la publicité.